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Le défi de communication des communs

Silke Helfrich, experte des communs, était une des quatre invitées spéciales à  l’événement L’art de l’en commun qui a eu lieu à Montréal en 2014. À cet événement nous avons utilisé la méthode du « bocal de poisson » (fishbowl) pour pouvoir profiter pleinement des expertises des nos invités tout en étant dans un espace de conversation collective. Voici la conversation avec Silke, selon les notes de Samantha Slade.

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Silke : Les biens communs, ça nous fait penser à une chose. Ce n’est pas un objet – c’est une relation que je construis avec d’autres personnes. Donc il faut être dans un verbe. La plus grande communauté du monde c’est la communauté des commoneurs – mais la communauté ne se rend pas compte.

Il y a quelques défis de communication des communs. Comment traduire le discours et la pratique des communs dans notre propre langue? Comment créer un langage des communs pour avoir un langage commun des communs. Un autre défi – la prise de conscience.

Un autre défi, plus grand encore. Je parle à un publique qui n’est pas à la même fréquence. Normalement les gens décrivent le monde politique, économique, juridique, ils sont construites sur d’autres piliers. Des notions cartésiennes. L’idée de la division entre l’humain et la nature. etc. Comment décrire les communs à des gens avec cette autre fréquence?

Nous avons besoin de créer des catégories. On peut baser notre discussion du monde sur l’idée de la propriété. Je suis dans le monde que j’observe. Je ne suis pas à l’extérieur.  L’exemple le plus visible, privé et public. On défend le public contre le privé. On oublie qu’il y a d’autres manières de faire. On peut co-produire des choses très sophistiquées. Notre régime est différent à celle d’une entreprise.

C’est une culture de pensée et c’est difficile de surmonter (to overcome). Par exemple, comment expliquer des choses que l’on n’a pas vécu. Comment une mère explique l’expérience d’accouchement à son partenaire. Il y a un autre logique que nous vivons. Il faut le vivre, expérimenter les communs. Faire vivre une autre sorte d’expérience et de se reconnaitre.

Il faut actualiser l’idée des communs dans nos pratiques en connectant avec les pratiques que les gens connaissent et construire quelque chose de nouveau. Mais c’est aussi la partie intellectuelle, pour trouver des mots. Sinon, comment est-ce que je peux construire un mouvement? Au niveau institutionnel. C’est plus vieux que les institutions. Les communs ont-été pré-capitalistes. Connecter avec ce qui est déjà là. Vivre des nouvelles expériences avec d’autres. Créer des espaces d’ouverture. Raisonner : créer un langage des communs.

C : Le fishbowl est ouvert. Si on veut parler on entre au centre et on prend une chaise.

F : À travers mon expérience d’architecte, j’essaie de sensibiliser. Comment on réussit à transmettre une vision, des émotions, des valeurs à des gens qui ne sont pas connectés? Je dois rester avec des gens qui sont connectés à nos valeurs ou l’inverse? On a tous un enfant en nous. C’est difficile d’entrer en relation avec des gens… Je me force d’être parmi des gens. Je manque un peu de temps pour m’occuper de mes valeurs. Est-ce qu’on construit pour rayonner ou pour être à l’affut des gens pour comprendre l’autre et créer des ponts? Quels sont les choix à faire en premier?

Silke : J’ai travaillé en Amérique latine et c’est la bataille « contre » pour toute la vie. Ça me prends la force et de l’énergie. J’ai décidé de travailler dans la construction consciente. La construction d’un autre monde. Le logiciel libre; il y a 20 ans il y avait Microsoft. La bataille contre s’est transformé en construction. On peut construire un autre logiciel basé sur nos valeurs et détourner le conflit. Ce n’est pas un raccourci. Maintenant, 90 % de l’internet est basé sur le logiciel libre. Ça donne de l’énergie. Un nouveau langage.

Peu importe où je vais, je rencontre des gens formidables. Je connecte avec eux. J’ai des journées de travail longues. Pas de fin de semaines. Ma vie de famille est complexe. Mes enfants défendent ce que je fais parce qu’ils pensentque ça fait du sens. Si vous sentez que vous faites trop de choses qui ne font pas de sens, changez de stratégie.

F: J’essaie de rester connecté à la notion de flux.

C : La communauté n’est pas fait de personnes avec les gouts similaire, mais plutôt des personnes qui sentent qu’ils font partie de quelque chose plus grande qu’eux. Comment les communs deviennent inclusifs des personnes qui sont différentes?

Silke : La question des communs n’est pas basé sur des valeurs. Qui définit les bonnes valeurs? Ça peut devenir difficile parce qui va les définir?  C’estl’enchantement des communs. Elinor Ostrom, l’économiste femme qui a reçu le prix nobel a relever des cas des communs dans le monde entier. Elle a vu que ça se fait avec tout le monde. Tu peux choisir ton groupe de confort. Mais quand je parle de communs comme concept, idée, pattern, pour structurer une société, c’est pour tout le monde. Le défi c’est de développer des outils, des méthodes, des institutions basés sur l’idée de l’inclusion structurelle. On a l’opposé aujourd’hui; c’est basé sur l’exclusion. Comment on peut construire équité, liberté, développement durable, dans les institutions et les projets et la société. Ce n’est pas une idée basée sur des valeurs, mais construire des projets, des institutions avec équité, liberté et durablement.

F: Un système de valeurs ne déplacent pas l’autre. Comment établir une approche, un processus pour établir des patterns? Ne pas donner des leçons. Il ne s’agit pas de convaincre personne. Il faut rayonner.

J: Pas convaincre, mais contaminer. Ça résonne pour moi. j’ai milité beaucoup et ça prenais de l’énergie. Ça ne donnait pas. Je suis dans l’agriculture, les idées de villages nourriciers, des plantes comestibles dans des villages. On va avec ceux qui veulent. On ne poussera pas sur les gens. On a juste à lancer des belles idées et il y en qui attrapent. Et tranquillement on voit que ça voyage à partir de là. Il ne faut pas brusquer.

Silke – Normalement je montre aux gens beaucoup de projets qui ne sont pas dans les journaux. Les gens sont inspirés.

Maintenant je vais mettre un grain de sable parce que nous sommes tous trop d’accord. Il faut donner du temps au temps. De l’autre côté nous n’avons pas du temps. Climate change. Nous sommes dans un défi. Quelle est notre réponse?

J – Moi j’habite une région avec un projet de pipeline. Très confrontant pour nous, ce n’est pas juste des individus que ça affecte. Dès fois on a le choix. Dès fois on n’a pas le choix. C’est inconfortable de m’impliquer pour empêcher ce projet. J’essaie de réconcilier ça à l’intérieur d’une action. Comment on peut essayer de joindre ça dans une seule pratique. Quelque chose qui m’inspire en ce moment : c’est Joanna Macy. Trois dimensions dans la grande transformation dans laquelle on est déjà. « Holding actions » – comment protéger des communs? La construction d’alternatives qui sont nécessaires. D’autres façons de se concevoir dans le monde. Notre rapport à l’autre et le planète doit se transformer. Là je me dis, est-ce que je peux vivre les trois dans la même pratique. On est pas tout seul.

La question de valeurs. Des gens ont d’autres cultures d’organisations. Comment se connecter à ce qui nous relie? Comment faire prendre conscience à des gens qui font part des communs?

Silke – Qu’est-ce qu’ils ont en communs, les semences et les logiciels? What do seeds and software have in common? Ils ne se parlent pas et ils luttent pour la même chose : la liberté, l’accès partagé, les technologies adaptées à notre culture locale. Ils veulent contrôler leur propres graines et leur propres logiciels.

A: Comment on crée l’espace qui ne vient pas uniquement de l’expérience individuelle? Comment est-ce que les structures, peuvent justement. Il y a un dialogue pour changer ce paradigme là. De quelle façons créer ces espaces là?

J: Aujourd’hui c’est un lieu comme ça. Des espaces durables.

Silke : Créer des « memes », des notions qui voyagent de bouche en bouche. Personne ne sait pas trop de quoi en parle. Par exemple « le 99% ». Ce qui est dans le réseau digital nous aide à construire des memes. Qu’est-ce que vous faites si vous cherchez un mot. On va à wikipedia. Si on crée l’infrastructure, on peut être une définition collective.

C : Et votre intérêt pour les communs a commencé comment?

Silke : En 2006, au Mexique, autour de la question Qu’est-ce que les logiciels and les graines ont en commun. À la toute fin de la conférence une amie est montée sur la scène. Pour qui travaille votre ordinateur? Et elle nous a raconté l’histoire comment les logiciels ont été crées pour des personnes et ça fonctionne non seulement pour des personnes et mais aussi pour des corporations. En fait, ma question initiale, mon feu vient de cette question, qu’est-ce qu’ils ont en commun, les logiciels et les graines.

 

 

 

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